Mardi 04 Mars 2008

La princesse et le vilain batracien

Autrefois dans un bois sombre et pleins d’animaux un chouïa agressifs, une gentille princesse aimait un crapaud, un crapaud d’une grande laideur. Ce crapaud était si laid que même les crapaütes (qui pourtant ne sont point farouches) fuyaient jusqu'à l’ombre de la moindre velléité amoureuse. Ce crapaud était seul. De plus, il était pourvu d’une haleine fétide et d’un caractère de chiotte. Tant d’handicaps touchaient la gentille princesse qui douée d’une grande sensibilité était bouleversée en pensant aux misères qu’il supportait chaque jour  (principalement des crapaütes qui sont parfois d’une grande cruauté, on ne le dira jamais assez !).

            Alors prise d’une empathie foudroyante, la gentille princesse éclatait en sanglots et se roulait par terre. Un jour, voulant démontrer à toutes ses femelles que l’amour, le grand amour, l’amour le plus pur transcende l’amant le plus moche, elle s’empara fougueusement de son cher crapaud, retint sa respiration (car son haleine était vraiment trop fétide) et là, devant toutes, elle s’apprêta à l’embrasser avec passion. Tout d’un coup le crapaud (d’une ingratitude incroyable!) déroula violemment sa longue langue et vint crever l’œil de la jolie princesse, (qui de ce fait ne fut plus jolie du tout et fut chassée par son père qui en adopta une autre, mais brune cette fois-là, 1m72, belle prestance, CAP de dactylographie). Moralité : il est souvent bon de ne se fier qu’aux apparences !

 

Adieu,  perfide !

Nous étions un 7 juin. La semaine précédente Céline et moi avions été invités à un anniversaire et bêtement je lui avais dit que c’était amusant car le mien tombait justement le samedi suivant. Bref, depuis deux mois et demi, je vivais une passion (surtout moi d’ailleurs) pour un ravissant petit monstre de 25 ans pleine d’esprit, drôle, ambitieuse, calculatrice et à l’occasion un chouia cruelle. Nous étions donc le jour susnommé, j’arrivais chez elle, il devait être 21h30 et j’étais un p’tit peu humilié car faute de public, le spectacle que j’interprétais au Canard Boiteux avait été annulé (sanglot contenu). Enfin ne me laissant pas abattre, j’avais fait quelques courses et me précipitai tout guilleret chez la douce.

            Elle était la, superbe et nonchalante et moi j’avais faim alors accompagné d’un coup de rouge, je nous préparais un divin petit dîner. Pendant que je touillais les pâtes, j’attendais le cœur battant, qu’elle vienne vers moi et me dise tendrement « bon anniversaire mon bel apollon »… J’attendais, mimant le chef cuistot, la douce s’ébaudissait sur le canapé et moi, j’en profitais pour me brûler (comme un vrai chef cuistot quand de l’huile bouillante lui tombe sur l’avant bras). J’attendais, enfin elle vint vers moi, j’étais tout charmé par son coté pétillant, elle me dit mille petites choses mais pas ce que j’espérais. Moi imperturbable, j’écoutais la douce, l’orientant à l’occasion sur le temps qui passe, heu, la pousse de mes jeunes cheveux blancs, l’émouvant souvenir de ma p’tite bicyclette rouge que j’avais eu pour mes 7 ans, (bas 7 ans…7 juin) voilà, voilà, voilà.

Enfin n‘y tenant plus, je m’esclaffais soudain : Mais, mais, j’ai 36 ans aujourd’hui.

J’étais persuadé que le regard le plus inexpressif dont j’avais été le témoin était celui d’un commercial auquel je citais certain passage de La Bruyère sur le thème des voleurs. Hé ben mon vieux, elle battit tous les records d’une absolue indifférence.

«  Ah ? Bon anniversaire, attends je vais mettre les couteaux ». Puis elle repartit dans le salon tout en continuant son bavardage.

Alors dans un éclair de lucidité, je compris que tout ses poutouilles n‘étaient que mensonge….Aaarggheu. La déception m’étreignait le cœur, mon pauvre cœur, mais je restais stoïque. Oui, je me disais surtout « toi ma poulette tu vas t’en souvenir de cette date » mais que faire ?

Nous dînâmes, sans doute pour la dernière fois ensemble. Ensuite elle fut douce, puis entreprenante.

 Une histoire me traversa l’esprit : autrefois un courtisan mordit la main d’un pape au lieu de la baiser, ce dernier surpris, retira vivement sa main et lui demanda une explication.

-Très saint Père, si je ne vous avais pas mordu, m’auriez-vous distingué ? 

Elle était sur son lit, nue, je me rapprochais de ses adorables petites fesses et furieusement je me fis courtisan.

Le capitaine

Du jour au lendemain, je m’étais retrouvé de ma bonne vieille place de Clichy à Rastatt dans une caserne, en Allemagne.

Etrange… Au cours de ses fameux trois jours, l’on m’avait demandé, avec force intérêt ( ?), dans quelle arme je souhaitais servir et moi, gonflé d’un enthousiasme épique, j’avais répondu, bien déterminé, l’œil ivre déjà d’aventure (un peu comme quand on a un début de conjonctivite), la marine ! Quelques semaines après donc, je recevais ma feuille de route  pour l’infanterie en Allemagne dans un camp semi disciplinaire (???).

            J’étais pourtant content, je m’ennuyais et je sentais qu’un peu d’aventure dans ma vie trop confinée réveillerait le fauve qui est en moi. Et puis j’avais vu un film sublime de Ridley Scott : Les Duellistes. Film retraçant l’épopée Napoléonienne à travers la vie de deux officiers. Moi aussi je me sentais l’âme d’un de ces nobles guerriers perdus dans les plaines tartares. Moi aussi j’avais envie de combat héroïque, d’amitié virile, de mission périlleuse, d’amour impossible avec des hétaïres prêtent à tout pour me suivre. Aaagghheuu ! En retournant chez mes parents à Châtillon sur ma mobylette, je m’imaginais, impitoyable, sabrant la gardienne des Mimosas (au demeurant, une femme pas aimable du tout !), comme les hussards sabraient les cosaques.

Bref mon service militaire se passa très vite très mal.

            Deux mois et quelques désillusions après,  je n’avais plus qu’une obsession : me faire réformer….au plus vite !

En attendant de trouver le moyen de me tirer de ce pitoyable guéppié, j’avais accepté l’invitation du capitaine au poste d’armurier. Heu…quand je dis que j’avais accepté l’invitation…..si pour fêter le premier de l‘an, il invitait des amis sur le même ton qu’il avait utilisé pour m’indiquer ma nouvelle affectation, hé ben moi je dis qu’il ferait mieux de se faire un cinéma… parce que ses amis y viendront pas (ou alors pour lui péter sa gueule !).

Comme il m’avait à la « bonne », il monta le jour même et vint vérifier le tableau des armes que je remplissais pour la première fois. Il s’agissait d’un tableau où en face de tel type d’arme l’on plaçait le nombre exact de pièces que l’armurerie possédait. J’avais donc rempli ce fameux tableau et maladroitement je m’étais trompé d’une case…S’en apercevant le capitaine eut une colère, une colère rageuse, la bave au coin de la bouche, écumant d’une juste indignation.

Comment ! Il ne comprenait pas que l’on puisse être si incompétent, qu’à mon âge je ne sois pas foutu de remplir un simple tableau, tableau que le dernier des débiles mentaux remplirait sans la moindre erreur. Que j’étais pour sa compagnie une charge telle, que pour la première fois de sa carrière, il se trouvait empêtré avec un minable de mon espèce (O ! Funeste révélation) que si je ne pouvais même pas placer correctement un chiffre, un simple chiffre juste en face d’une catégorie d’arme bien distincte, alors même les corvées de chiottes risquaient d’être au dessus de mes compétences (je préférais ne pas le détromper) et pleins d’autres choses encore très traumatisantes et qui me firent grosses peines (car je suis un être fragile, une petite chose qui a tellement besoin de câlins). Enfin sa fureur apaisée, sa bave essuyée, son indignation repus, il daigna, avec la dernière des condescendances, me montrer comment remplir ce tableau. Il prit donc un bic noir, raya d’un geste martial les chiffres inexacts, marqua les siens et …se trompa de case.

publié par Jérémy Bizet publié dans : Divers

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Site consacré au comédien et metteur en scène Claude Gisbert, issu du Conservatoire National de Bourg la Reine/Sceaux et du Conservatoire du 10ème arrondissement de Paris. Créateur de la compagnie "Les Tréteaux Bleus"
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